Un amour, jusqu'où ?

Si l'on entreprend de faire un portrait loyal de Marie-Madeleine, il est une question qui ne saurait être évitée. Quelle était exactement la nature du sentiment qui l’unissait au Christ ? Dans le clavier des affections humaines, quelle touche fait-on ainsi résonner ? A moins de faire du Christ un personnage complètement abstrait, et de Marie-Madeleine une femme construite dans la pierre la plus froide, la question ne peut pas ne pas se poser. Or nous savons que, tout en étant Dieu, le Christ n’en était pas moins un homme très concret, très vivant, un homme vrai ; et que Marie-Madeleine était femme.

 

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Il est impossible que Marie-Madeleine ne fût pas amoureuse du Christ. Il délivre cette femme de l'esclavage de sept démons, il accepte publiquement son geste d’hommage, il prend non moins publiquement sa défense et il humilie ses ennemis. Cette femme est en outre très sensible à l’amour. Elle se sait distinguée, elle se sait préférée. Elle trouve en cet homme un refuge, une force, une noblesse. Marie aime prodigalement.

 

De même, il est impossible que Jésus n’eut pas une grande affection et une prédilection pour cette femme. Chez Simon le pharisien, il est touché par l’audace de son geste qui dévoile son grand amour. A Béthanie, il trouve en elle un cœur disponible et ouvert à sa Parole (Lc 10, 38). Ensuite, elle verse un nard très pur sur Jésus qui lui fait une louange pour l’éternité (Mc 14, 9). Toujours à Béthanie, Jésus ressuscite Lazare à la prière de Marie, et non à celle de Marthe (Jn 11, 33). Jésus aime ceux qui se laissent aimer tels qu’ils sont.

 

Ces deux cœurs se comprennent et s’attirent. L’un donne largement ; l’autre reçoit avec reconnaissance. D’une part, Jésus trouve en Marie une âme en qui il peut parfaitement accomplir la mission pour laquelle il est venu sur terre. Il la sauve intégralement. Comme l’argile dans la main du potier, Jésus relève cette femme, la guérit, la libère, la fortifie, parle à son cœur et lui enseigne sa Parole. Enfin il se manifeste à elle après sa résurrection et l’envoie en mission. D’autre part, Marie découvre l'amour parfait. En aimant Jésus, elle remonte à la source de cet amour et se plonge dans l’amour divin. A Béthanie, elle devient disciple en écoutant la Parole et en contemplant cet amour. A la Résurrection, elle devient apôtre et missionnaire. Son amour pour Jésus a traversé la mort. Elle peut annoncer librement celui qu’elle aime passionnément. Pour elle, « vivre, c’est le Christ » (Ph 1, 21).

 

« Quand on a été près d’une pauvre créature déchue l’instrument de la lumière qui lui révèle sa chute et qui lui rend son élévation, cette cure sublime d’une mort qui devait être éternelle inspire quelquefois aux deux âmes un indéfinissable attrait né du bonheur donné et du bonheur reçu » (Lacordaire).

 

On conçoit très bien qu'un mariage n'est pas parfait, tant qu’il n’est pas consommé. Mais une épouse ne donne pas que son corps, elle se donne corps et âme à son époux. Il est évident qu'à travers le corps, l’époux étreint l’âme. Dieu est l’époux de l'âme. L'acte de contemplation est une étreinte de l'âme par Dieu, aussi totale, aussi poignante, aussi vertigineuse que l'union de deux corps. Et à travers l’âme, c'est tout l’être qui est saisi par Dieu. Tel est le sens du vœu de virginité dans le christianisme. C’est d’une telle étreinte de l’âme que Marie-Madeleine avait été saisie. Oui, elle aimait le Christ. Elle l’aimait de tout l’élan de son être. Cet amour était sage et pur, il obéissait. Telle était la grande âme de Marie-Madeleine : tout l’être de cette admirable créature était dans la servitude de son amour contemplatif, même son corps. C’est pourquoi elle désirait mourir pour le Christ. Telle était la signification de son hommage, quand elle brisa sur les pieds du Christ le précieux vase de parfum en Jn 12.

 

Pour aller plus loin : « Une relation charnelle, sacrilège ? Pourquoi ? Pourquoi pas ? », vous pouvez lire le texte ci-après ou le télécharger au format pdf :

Un amour, jusqu'où ? (fichier pdf : 203 Ko)

 

Sur l'amitié (texte du Henri-Dominique Lacordaire (fichier pdf : 78 Ko)


 Un amour, jusqu'où ?

(d’après ‘Jésus et Marie-Madeleine’ de Roland Hureaux, ch 4 (p 74-80) et ch 6 (p. 99-116), Edition Perrin, 2006)

 

Avant de parler de l’idée d’une relation charnelle entre Jésus et Marie-Madeleine, rappelons la nature de leurs sentiments selon les évangiles.

 files/Marie-Madeleine/anonyme, SAINTE MARIE-MADELEINE, 16e siecle, Lille ; musee des beaux-arts, P 865.jpg

 

Elle l’aima beaucoup :

Dans l’évangile de saint Luc, Marie-Madeleine est une pécheresse publique. Pardonnée, elle aime beaucoup : « A cause de cela, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour » (Lc 7, 47). Toutefois, si elle obtient le pardon, c’est que le Sauveur pressent sa capacité exceptionnelle d’aimer. La capacité à aimer va de pair avec la sensibilité. Celle, très grande, de Marie Madeleine, s’exprime notamment par les larmes qu’elle verse avec une abondance particulière. Il en fallait beaucoup pour laver les pieds d’un homme (cf Lc 7, 38) ! Marie pleure encore la mort de son frère Lazare. Elle pleura certainement au pied de la croix. Elle pleure enfin quand elle voit le tombeau vide : « Femme pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » (Jn 20, 14). « Pleurer comme une madeleine » est devenu une expression populaire. Madeleine étant une grande « aimante », sans doute prédestinée à rencontrer le Christ qui était encore plus « aimant », mais qui, lui, n’avait pas chuté. Il est vraisemblable que c’est à partir de cette rencontre chez le pharisien Simon que s’établit une relation exceptionnelle entre Marie et le Christ, relation qui est allée par delà la mort sur la croix. Cet amour exceptionnel apparaît aussi à Béthanie. Marie, « assise au pieds du Seigneur écoutait sa parole » (Lc 10, 39). C’est elle « qui a choisi la meilleure part, et elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 42).

 

Et comme l’amour suscite l’amour, celui de Marie fut payé de retour. « Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare » (Jn 11, 5). Marthe appelle sa sœur Marie en secret : « Le Maitre est là et il t’appelle » (Jn 11, 29). Celle-ci se leva bien vite et alla vers lui. C’est semble-t-il l’intervention de Marie, plus que celle de Marthe, qui pousse Jésus à sauver Lazare. « Lorsqu’il la vit pleurer et pleurer les juifs qui l’accompagnaient, Jésus frémit en son esprit et se troubla ». Cette dilection de Jésus pour Marie-Madeleine le poussait toujours à prendre sa défense. Il la disculpa auprès du pharisien qui la juge, auprès de sa sœur Marthe qui la traitait de paresseuse, auprès de Judas qui la trouvait prodigue.

 

Comment une telle dilection est-elle compatible avec la vocation universelle du Christ ? Dans l’évangile, nul ne semble contester Jésus d’avoir des préférences (cf Jean, le disciple que Jésus aimait, ou la mère de Zébédée qui demande à Jésus une préférence pour ses fils). Elle se trouve en revanche posée dans l’Apocryphe de Marie : « Pierre ajouta : Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi avec une femme, sur des secrets que nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ? L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ? ».

 

L’amour universel et les amitiés spéciales ne sont pas incompatibles. Tous les hommes sont égaux, mais Dieu ne les aime pas tous uniment. D’une certaine manière, il « préfère » chacun et chacune avec des modalités spéciales. Les pères et les mères de famille ayant plusieurs enfants perçoivent cela facilement. C’est en raison de ce caractère paradoxal que la relation spéciale de Jésus et de Marie fut si difficile à accepter dans l’histoire chrétienne. Pourtant, Marie est la beata dilecta Christi, la « bienheureuse préférée du Christ ».

 

Après 20 siècles de christianisme, l’idée d’une relation charnelle entre Jésus et Marie-Madeleine apparaît, non sans quelques raisons, comme sacrilège. Pourquoi¸ pourquoi pas ?

 

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a) Le prophète Osée : Que le Messie annoncé ait pu épouser une prostituée : rien de choquant en soi. Dans le livre d’Osée, Dieu dit à son prophète : « va prendre une femme portée à la prostitution ». Mais cette femme le quitte pour courir après d’autres amants. Il la rattrape, la séduit à nouveau quand elle s’est repentie et fait son bonheur pour toujours. Dans ce texte à haute signification symbolique, le prophète, c’est Yahvé. La prostituée, c’est le peuple d’Israël, élu mais toujours infidèle à son Dieu. Ici l’adultère, c’est le culte aux idoles, spécialement les dieux étrangers. Yahvé se met en colère devant ces infidélités, mais il pardonne à son épouse volage. Après l’avoir sauvée, il lui prépare une vie de délices éternels. Conformément à vingt siècles d’interprétation chrétienne de l’Ancien Testament, tout ce que dit celui-ci du peuple d’Israël s’applique aussi à l’Église. Et si Jésus est le Fils, vrai Dieu sur terre, son épouse c’est l’Église. Cela est formulée ainsi par saint Paul : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église » (Ep 5, 25). L’Église, ce sont des hommes volages, comme une épouse infidèle, sans cesse tentée de se détourner de Dieu, bien que toujours aimée.

 

b) La sensualité de Marie-Madeleine : Il est incontestable que les scènes impliquant la pécheresse pardonnée de Galilée, puis Marie de Béthanie ont un caractère sensuel marqué. On notera les gestes envers Jésus (huile versée sur sa tête en Mc 14, 3 ; larmes répandues sur ses pieds, la femme les embrassant et les essuyant de ses cheveux en Lc 7-38, parfum de grand prix répandu sur Jésus en Jn 12, 3). Aussi Marie-Madeleine s’adresse à Jésus ainsi « rabbouni » qui se traduit : mon rabbin. En outre, on trouve des apocryphes ambigües (textes non gardés dans le canon des écritures), comme celui de Philippe du 3ème siècle : « Jésus aimait Marie plus que tous les disciples. Il l’embrassait souvent sur la bouche. Les autres disciples le virent aimant Marie, il lui dirent : ‘Pourquoi l’aimes tu plus que tous ?’ Le Sauveur répondit : ‘Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu’elle ?’ ». Ce texte est en fait à double sens : le baiser sur la bouche dans certaines sectes gnostiques n’a pas de signification amoureuse : il désigne comme l’accolade, la fraternité des initiés. Dans le même texte, Marie-Madeleine est désignée comme la « koinonos », c’est-à-dire la « compagne de Jésus ». Il n’est pas surprenant que de tels textes enflamment l’imagination.

 

c) Pas de vraie tradition : Il est cependant difficile de dire qu’une véritable tradition a fait de Marie de Magdala l’épouse ou la maîtresse de Jésus. Ceux qui à travers les âges l’ont supposé furent toujours très minoritaires. Les textes relatifs à Marie-Madeleine sont peu nombreux, surtout la crise gnostique (2-3ème siècle). L’idée de prêter des relations charnelles au Christ, tout simplement parce qu’il avait été un homme « normal », a pu être évoqué ici ou là, sans que les générations successives se soient passé le mot. Les textes juifs du Moyen-Age (Toledoth Yeshuh), qui contestent la divinité et la naissance virginale de Jésus, n’évoquent pas Marie-Madeleine.

 

d) En rester à l’Evangile : Autant le dire d’emblée : s’il ne fait aucun doute que, selon les Évangiles, Marie-Madeleine a joué un rôle privilégié auprès du Christ, aucun élément sérieux ne permet de dire que leurs relations ont eu un caractère charnels. Les quatre évangiles qui sont les textes les plus fiables, les plus précis, les plus proches des évènements concernant la vie de Jésus ne contiennent aucune mention imaginant un quelconque rapport. Les textes apocryphes auxquels les tenants d’une relation charnelle se référent sont beaucoup plus tardifs, fragmentaires et de mauvaise qualité.

 

On n’est pas, certes, obligé de croire les Evangiles. Pour certains, ce sont des textes mythiques, produits de l’imagination humaine. Mais dans ce cas, Marie-Madeleine est aussi un mythe, alors il ne sert à rien d’en parler ! Tenir en tout cas les sources gnostiques pour plus crédibles que les sources canoniques est un contresens, fondé sur une méfiance systématique envers l’Église officielle où le préjugé se substitue à l’objectivité.

 

Pour d’autres comme par exemple pour Bultmann, les Evangiles doivent être expurgés de tout ce qui est « mythologique » (les miracles, la naissance virginale de Jésus, la Résurrection), mais en se limitant à une simple épuration sans rien y rajouter, comme en particulier des éléments concernant la relation Jésus-Christ avec Marie-Madeleine. Il suffit d’accorder du crédit aux évangiles sans n’y rien rajouter qui n’y figure pas !

 

e) Les Juifs et la virginité : Certains objectent que pour les Juifs, le mariage était une obligation, surtout pour un maître (rabbi). Or Jésus en était un. Mais le judaïsme au temps du Christ n’était plus celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Il existait plusieurs courants : Si les pharisiens tenaient à la doctrine juive traditionnelle, certains courants, comme les esséniens, cherchaient au contraire à se rapprocher de Dieu en renonçant à la sexualité. Ils vivaient en communauté de célibataires voués à la chasteté (cf. Manuscrits de Qumram). Tout cela ne signifie pas que Jésus était essénien. En effet, très rigoristes, les esséniens n’auraient pas admis qu’il fréquenta Marie-Madeleine, encore moins qu’elle lui versa du parfum sur la tête, un liquide qu’ils tenaient pour impur. Ainsi la sexualité n’était pas unanimement tenue pour une valeur positive par ses contemporains ; l’abstinence sexuelle pouvait l’être aussi bien. D’ailleurs le Christ montre qu’il n’est pas étranger à cette tendance : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais ceux-là seuls à qui c’est donné. Il y a en effet des eunuques qui le sont devenus par l’action des hommes, et il y a des eunuques qui se sont eux-mêmes rendus tels en vue du Royaume des Cieux. Comprenne qui pourra ! » (Mt 19, 11-12). Cela ne signifie pas non plus que le Christ condamne la sexualité. La continence volontaire à laquelle ce texte fait allusion ne s’adresse qu’à une élite. Mais le texte autorise à penser que Jésus avait, sur le sujet de la sexualité, comme une partie de ses contemporains, pris ses distances avec la conception juive traditionnelle du mariage.

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f) Une religion universelle : L’originalité et la grandeur du christianisme reposent sur son universalisme. Dans la conception juive d’un « peuple élu », la filiation et donc la généalogie faisait le juif. Les conversions étaient rares. C’est parce qu’il est sans postérité charnelle que le Christ peut ouvrir l’Eglise à tous les peuples. Jésus se distingue nettement du judaïsme en faisant de l’adoption adoptive par la grâce du baptême l’équivalent de la filiation par le sang. Jean-Baptiste dit « Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham ». Ainsi, entre la chasteté du Christ et l’universalité de l’Eglise existe un lien aussi intrinsèque qu’essentiel.

 

L’Islam, entre judaïsme et christianisme, se tient à mi-chemin. Religion d’ambition universelle elle aussi, elle est connue comme étant fondée par un prophète Mohammed qui eut plusieurs épouses, et aussi une descendance, une descendance très compliquée du fait de l’incertitude de vrais héritiers. De la vient la division entre les chiites et les sunnites. Le Christianisme évite ces complications. Mais la tentation a cependant existé de tout temps d’instaurer une légitimité de type dynastique à partir du Christ sinon par un fils dont il ne fut jamais sérieusement question, mais au travers de son « frère », demi-frère ou parent proche, Jacques, premier évêque de Jérusalem, et chef de file des judéo-chrétiens, fidèles à l’ancienne loi au sein du christianisme, réticents à l’universalisme de saint Paul.

 

En conclusion : Si l’on ne tient pas compte des Evangiles, on peut penser certes que le Christ a eu des relations sexuelles. Mais dire : « il ne pouvait pas en être autrement », c’est aller à l’encontre du message du Nouveau Testament. Il en va de même pour l’idée sans référence aucune que Jésus aurait eu un enfant avec Marie-Madeleine ; ce fils tenu caché aurait donné lieu à une descendance prestigieuse…

 

Pourtant, il reste une relation privilégiée entre l’Homme-Dieu et une femme, ancienne pécheresse, Maria de Magdala. Tels sont les deux bouts de la chaine à tenir. Il est significatif que ceux qui n’acceptaient pas cette voie médiane (relation privilégiée, sans rapports charnels) furent obligés dès le 2ème siècle de rajouter aux Évangiles canoniques des textes parallèles. Pour ceux qui ne pouvaient concevoir le privilège de Marie-Madeleine d’avoir été la première à voir le Ressuscité, il a fallu imaginer une apparition initiale de Jésus à la Vierge-Marie (apocryphe de Barthélemy). Pour ceux qui ne pouvaient concevoir une amitié hors du commun entre Jésus et la Madeleine tout en restant chaste, il a fallu inventer des relations physiques entre eux (apocryphe de Philippe). Mais une fois encore, il suffit pourtant de s’en tenir aux textes des évangiles.

 

« Quand on a été près d’une pauvre créature déchue l’instrument de la lumière qui lui révèle sa chute et qui lui rend son élévation, cette cure sublime d’une mort qui devait être éternelle inspire quelquefois aux deux âmes un indéfinissable attrait né du bonheur donné et du bonheur reçu » (1)

 

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(1) Lacordaire, « Marie Madeleine », p. 29, Cerf, 2009.